Une espèce d’écrevisses se clone et colonise la planète

Des analyses ADN suggèrent qu’une espèce d’écrevisse capable de se reproduire sans mâle serait un hybride génétique apparu dans les années 1990. Très invasive, cette espèce est désormais présente dans de nombreuses régions du monde.
samedi 31 mars 2018
par  Marie-José Turquin
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“Le résultat serait alors une nouvelle espèce.”
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On croirait le scénario d’un mauvais film d’horreur : une créature mutante à 10 pattes, qui se reproduit de manière asexuée, s’échappe de son milieu confiné en Allemagne et commence discrètement une invasion mondiale, démarre Science. En l’espace de vingt ans, des clones de cet animal vorace se répandent dans toute l’Europe et l’Afrique, détruisant des écosystèmes et menaçant les espèces locales.”

Cette intrigue de série Z est en fait la véritable histoire de Procambarus virginalis – aussi connue sous le nom d’écrevisse marbrée –, une espèce invasive qui serait apparue pour la première fois en 1995 dans un aquarium allemand. C’est en tout cas ce que suggèrent les travaux d’une équipe de chercheurs publiés le 5 février dans Nature Ecology & Evolution.

Pendant cinq ans, l’équipe dirigée par Frank Lyko, un biologiste du Cancer Research Center allemand, a analysé l’ADN de plusieurs écrevisses marbrées de différentes zones du globe. Une gageure : jusque-là personne n’avait jamais séquencé le génome de cet animal. “D’ailleurs, aucun animal s’approchant de l’écrevisse n’avait été séquencé”, remarque The New York Times, qui ajoute :

Les chercheurs ont montré que l’écrevisse marbrée, quoique commune, est l’une des espèces répertoriées les plus remarquables.”

Et ce qui la rend remarquable, c’est que non seulement les femelles sont capables de faire des clones d’elles-mêmes, mais aussi que l’espèce “possède trois paires de chaque chromosome au lieu des deux habituelles”, précise Nature. D’après les chercheurs, deux des chromosomes ont des séquences de gènes presque identiques, mais le troisième diffère sensiblement. L’un des génomes est proche de celui d’une autre écrevisse, Procambarus fallax, originaire de Floride et populaire auprès des aquariophiles.

Une réaction au changement de température

“Frank Lyko émet l’hypothèse que l’écrevisse marbrée est apparue quand le génome d’un gamète mâle ou femelle d’un P. fallax a été dupliqué, ce qui se produit parfois en réaction à des changements soudains de température, poursuit Nature. Si ces cellules ont ensuite été fécondées par un autre sujet dans le même aquarium, il en découlerait un embryon comportant trois copies de son génome”, explique le chercheur.

Le résultat serait alors une nouvelle espèce.”

Dès 2003, les chercheurs avaient repéré que les écrevisses marbrées étaient capables de se cloner, suivant un mode de reproduction appelé parthénogenèse. En revanche, “on ignore comment la première écrevisse marbrée est devenue capable de se multiplier par parthénogenèse, affirme Frank Lyko dans Nature. Il est possible que la perte ou la mutation de gènes permettant la reproduction sexuée sous-tende cette transition.”

Les avantages d’être clone

“Être un clone présente de nombreux avantages indéniables, note le New York Times. Les écrevisses marbrées ne donnent naissance qu’à des rejetons féconds, ce qui permet à leur population d’exploser.”

Pour Abraham Tucker, biologiste à l’université Southern Arkansas, qui n’a pas participé à l’étude : “L’ asexualité est une fantastique stratégie à court terme.” Mais tôt ou tard, la chance de l’écrevisse marbrée risque fort de tourner. Beaucoup d’études montrent que les espèces qui n’utilisent pas la reproduction sexuée sont rares, car elles ne durent pas longtemps à l’échelle de la vie sur Terre. En effet, si un agent pathogène évolue de sorte qu’il peut attaquer un clone, il pourra s’en prendre à tous les autres clones et décimer la population rapidement.

En attendant, en raison de la menace qu’elle fait planer sur les écosystèmes d’eau douce et les espèces endémiques qui y vivent, l’écrevisse marbrée a été interdite dans l’Union européenne et certaines régions des États-Unis. Elle continue cependant à proliférer ailleurs, en particulier à Madagascar, où elle constitue une ressource alimentaire.“On croirait le scénario d’un mauvais film d’horreur : une créature mutante à 10 pattes, qui se reproduit de manière asexuée, s’échappe de son milieu confiné en Allemagne et commence discrètement une invasion mondiale, démarre Science. En l’espace de vingt ans, des clones de cet animal vorace se répandent dans toute l’Europe et l’Afrique, détruisant des écosystèmes et menaçant les espèces locales.”



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